Vamos a la playa avec Joquin Sorolla!

May 13, 2020

Sur cette œuvre de grande taille "paseo a orillas del mar/promenade au bord de mer" il conjugue à la fois son amour pour les paysages méditerranéens et son goût pour les portraits de famille (sa femme Clotilde et une de ses filles).\ Artiste proche des impressionnistes qu'il rencontra à Paris entre 1884 et 1888, on le considère comme un peintre "naturaliste".\ Ici on apprécie sa maîtrise technique dans le traitement des tissus des vêtements avec ces tenues propres à l'époque , il nous donne aussi l'illusion de vent et de vagues et fait baigner la scène dans la lumière du "Levante", nom donné à la région de Valencia: peintre de la lumière, il a beaucoup étudié Vélasquez et Ribera au musée du Prado.

\ Peu connu du grand public français, il s'agit néanmoins d'un artiste de renommée internationale et fut célèbre à Paris après avoir exposé ses œuvres en 1906 .\ C'est aux Etats-Unis qu'il remporta un vif succès : un chantier gigantesque! il décora la Hispanic Society de New York de panneaux de 54 m de long et 4 m de haut!!

\ En 2016 une expo s'est tenue à Giverny (Museé des impressionnismes) , réunissant une 100aine de réalisations de Sorolla dont une 50aine d'esquisses de ces paysages, scènes de plages, portraits.

Si vous voulez découvrir ses œuvres je vous conseille.. Madrid où vous pourrez visiter sa maison-musée qui fut son dernier atelier (il mourut à Cercedilla au nord de la ville en 1923 et en pleine gloire) . C'est là dans le quartier chic de Chamberi que se concentre la plus grande partie de ses œuvres; cette toile y est exposée .Avec son petit jardin intérieur aménagé par Sorolla, le musée est un havre de paix et restitue une certaine ambiance assez authentique.

Nous avons contemplé Clotilde son épouse et Maria une de ses filles se promenant sur la plage avec tenues de plage et ombrelles de l'époque!\ A présent, je vous propose "chicos en la playa" peint en 1910 exposé au Musée du Prado (Madrid)

C'est un des tableaux qui lui a valu un véritable triomphe international et notamment aux Etats-Unis où il partit travailler comme nous l'avons évoqué hier pour une commande exceptionnelle.\ Ce tableau est le parfait exemple de ce qu'on a appelé le "sorollismo" ou "luminismo"c'est à dire la capacité de Sorolla à représenter et interpréter cette lumière qui nous aveugle presque!\ Ne trouvez-vous pas que l'on ressent presque la chaleur de cet astre généreux ("un sol de justicia") sur les plages valenciennes que l'artiste a représentées pendant la moitié de sa vie.

Que dégage cette oeuvre?

De la joie, de la spontanéité, de l'énergie!

\ Trois garçons sont allongés dans le sable et dans l'eau: ils ne sont pas tous aussi mouillés, le peintre parvient à nuancer l'effet de l'eau avec ses coups de pinceaux blancs.\ De même, ils ne sont pas tous aussi bronzés : les plus mâts sont au 2e plan créant un effet de profondeur.\ A cette époque on ne connaissait pas les dangers de l'exposition au soleil ! Le peintre passait lui même beaucoup de temps à croquer ces scènes de plage "sur le motif "et en plein air grâce également à l'apparition de pigments industriels dès la 2e moitié du 19ème siècle

Petit rappel quant à la nudité: A cette époque, même si certains accusèrent l'artiste de peindre des images païennes, il était naturel que les enfants (filles et garçons) d'ouvriers et de pêcheurs se baignent nus jusqu'à l'âge de 5 ans environ; ensuite les fillettes devaient porter una "bata de bano" (sorte de tunique) mais les garçons pouvaient attendre l'adolescence pour porter "calzon corto" soit un maillot de bain de l'époque.

On retrouve ici l'impression de vent, cette lumière caractéristique mais également des tons mauves violets et ces coups de pinceaux impressionnistes avec des contrastes exagérés.\ Sorolla ne recherchait pas à être "artistique" ce qu'il voulait avant toute chose c' était représenter ("plasmar") la réalité qui l'entourait. Et il avait un vrai talent pour capter la lumière et l'eau à l'air libre, même si ce ne fut pas un peintre révolutionnaire!\ Il y a tant de tableaux de Sorolla qu'il m' est difficile d'en choisir.\ Mais j'ai pris le parti de rester en bord de mer, lieu de liberté , de vie et de joies.

On achève notre petite trilogie Joaquin Sorolla et ses scènes de plage avec un tableau que l'on peut retrouver dans ce charmant musée qui fut avant tout son atelier et sa dernière maison à Madrid.\ LA BATA ROSA O DESPUES DEL BANO ("la tunique rose " ou "après la baignade")\ Nous sommes transportés une fois de plus sur une plage de Valencia mais plus précisément dans une cabine de plage peut-être à l'heure de la sacro sainte sieste espagnole ("echarse la siesta").\ On peut ressentir ce soleil généreux et éblouissant qui traverse les claies d'un store de bambou et éclaire la scène d'une façon exceptionnelle!\ Deux jeunes femmes sont drapées à l'antique et celle de gauche porte une sorte de tunique qui a donné son nom à l'oeuvre.On peut aussi souligner d'autres caractéristiques antiques: la coiffure en chignon, la position des jambes qui rappelle le hanchement ou "contrapposto" dans la statuaire grecque (Par exemple les caryatides)

On peut imaginer que la scène a lieu après la baignade et que cette tenue est un costume de bain typique de l'époque, que les femmes portaient sur la côte du "Levante".\ Au fond, notre regard se dirige ensuite vers la ligne d'horizon marquée par la mer au loin.L'artiste est parvenu à nous donner l'impression de vagues et de vent; une brise qui gonfle le rideau blanc de la cabine ; ce blanc qui trouve écho dans la tenue de la femme de droite qui aide son amie à dégrafer la bretelle de son vêtement.

\ Mais ce qui attire sans doute votre regard c'est bien cette tunique rose qui est le sujet principal de la toile: un rose saumoné assez clair que Sorolla aimait utiliser .Lorsque le peintre décline ce genre de teintes , il parvient à créer un univers de tendresse et de sensualité.\ Sorolla a réalisé cette toile au cours de l'été 1916, venu passer quelques jours de repos en famille alors qu'il était en pleine décoration titanesque pour l'Hispanic Society de New-York.\ On ressent ici son plaisir de peindre sur ces plages qui lui étaient si chères.\ Ici tout son art "le sorollismo" repose sur le fait qu'il nous invite dans l'intimité de ces 2 femmes heureuses qui nous ignorent dans une atmosphère douce marquée par les mouvements légers des vagues, des tissus et des ombres .

\ C'est d'ailleurs cette légèreté qui lui fut reprochée ..à une époque où certains peintres contemporains de Sorolla (comme Zuloaga o Solana) vont davantage s'atteler à représenter des oeuvres sociales reflets d'une "Espagne noire", il va représenter "l'Espagne blanche".\ Joaquin Sorolla ne fit en effet que peu de toiles sombres qui dénonçaient des situations dures : il est vrai que cet artiste s'est révélé talentueux et plus enclin à dépeindre des scènes de vie d'optimisme et de joie. Il aimait peindre les gens et les coutumes de sa région à une époque où les écrivains et théoriciens de la dite "génération de 98" comme Miguel de Unamuno essayèrent de construire une identité nationale autour de du berceau castillan à une époque où le pays avait versé dans une profonde crise morale (perte de ses dernières colonies, humiliations de la guerre hispano-américaine).

\ Le peintre était plus inspiré et plus proche des impressionnistes qu'il côtoya à Paris , il fut également séduit par les maîtres japonais Utamaro,Hokusai, Hiroshige et leurs mises en pages.Il voulait transmettre une image différente , celle de l'Espagne provinciale du Levante (pays Valencien).

\ Il voulait aussi montrer aux autres pays et notamment aux Etats-Unis l'image d'une Espagne optimiste, saine et fière de sa jeunesse.\ Comme les impressionnistes, qui ont peint sur le motif, il aimait planter son chevalet dans le sable cherchant à faire corps avec la nature, et guettant les jeux de lumière, les scintillements, les jeux facétieux de la brise dans les voilages.En cela il peut nous faire penser à un Monet ou un Cézanne.\ Il déclara d'ailleurs être incapable de peindre lentement car il voulait saisir un moment dans son instantanéité.\ En espérant vous avoir transmis un peu de cette délicieuse peinture et de cette atmosphère chaleureuse et pleine d'espoir, je vous remercie!

Margalaguia

A propos de l'auteure

Margareth Alcaide

Guide conférencière passionnée d'histoire et de culture, je propose des visites guidées en Occitanie et Provence pour tous les publics.